Le principe de cette utopie est bien entendu de chercher à construire la communauté parfaite, mais la particularité ici est la démarche expérimentale : des essais sont réalisés, ce qui fonctionne est gardé, ce qui ne fonctionne pas est abandonné. Le fondateur de la communauté, Frazier, fait visiter à une demie-douzaine d'universitaires ce nouveau lieu de vie, en expliquant son fonctionnement.
Le chapitre 13 m'a bien plu pour le programme d'éducation des enfants : apprentissage de la frustration, mais aussi du partage, et des comportements pro-sociaux... Un conditionnement systématique pour que tous deviennent bons.
Le chapitre 14 explique ensuite que d'autres révolutions ont eu ou non du succès en fonction des situations (le peuple était-il prêt, que vivait-il à ce moment...). Par exemple "Aimez vos ennemis" et "ne vous souciez pas du lendemain" est "une invention psychologique pour soulager un peuple opprimé" qu'était le peuple juif à l'époque de l'occupation romaine. Le responsable de la communauté expérimentale montre aux visiteurs que Jésus a découvert la pratique de l'émotion opposée pour éviter des dévastations intérieures.
Du fait de l'orientation comportementale, le mal est dans ce livre expliqué par les pressions de la société : sociale, économique, idéologique... En résumé, cette communauté expérimentale aurait moyen de devenir parfaite en construisant une société parfaite. En effet, si on élimine les conséquences positives à une mauvaise action ou une mauvaise émotion, celle-ci tendrait à disparaître par inadaptation. Ces émotions mauvaises auraient été adaptées dans le passé, mais ne le sont plus dans les conditions actuelles et font du mal à l'homme, qui a désormais la possibilité de les réduire, si la société elle-même ne les maintient pas. L'intervention de l'homme par sa science résoudrait toute souffrance pour instaurer un paradis terrestre.
En résumé, le paradis ne dépendrait que des contingences de renforcement, car l'Homme ne serait ni bon ni mauvais, son comportement étant contrôlé par les conséquences.
D'ailleurs, l'idée défendue par Frazier est que "ce que Jésus offrait en échange de l'amour de ses ennemis, c'était le paradis sur Terre, c'est-à-dire la paix de l'esprit." Ceci me semble en partie vrai, mais demeure très restrictif de ce que Jésus est réellement venu offrir : la réconciliation avec le Créateur, et sans fin. Frazier ne l'avait manifestement pas saisi...
Si vous connaissez les bases théoriques du comportementalisme, vous remarquerez que je n'ai pas fait allusion à deux autres éléments contrôlant le comportement, à savoir l'antécédent et le contexte situationnel. Une ouverture sur un prochain article...

